Allez les filles

Publié le par 2047.over-blog.com

Trois inconnues et un veinard parmi elles: bonne fin de février...

 

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Deux nouvelles et jeunes cinéastes de deux pays aux antipodes l'un de l'autre: que de chance...deux films singulièrement proches et opposés, en prime.

 

Au Maroc, Leïla Kilani nous offre Sur la planche, une chronique au cordeau de la jeunesse à Tanger: le film, comme le suivant, nous plonge sans prévenir dans le quotidien de Badia: on va passer 15 jours avec elle, sans savoir ni d'où elle vient, ni ce qu'elle fait là, ni ce qu'il en est de sa famille...donc: immersion, au plus près (caméra très physique) d'une boule de nerfs qui bosse enragée dans une usine de crevettes, et qui à côté de ça veut par tous les moyens s'offrir un peu de vie mieux. Personnage qui suffoque et assez suffocant ("Tu t'engueules avec toi-même" lui dit très justement sa copine), personnage insaisissable et proche parfois de ce que pouvait être une Rosetta, mais avec deux éléments qui lui sont propres: sa détermination, et sa parole. Les mots ici sont crus, souvent enflammés, balancés à la figure ou dits en voix-off dans une sidérante urgence. "Je ne me prostitue pas, je m'invite": voilà Badia, qui pique du fric, des portables qu'elle tente de revendre, et qui suivie de sa fidèle et (au début) influencée Imane va rencontrer deux autres filles et tout ceci les mènera vers la scène inaugurale, qui explique le pourquoi des 15 jours.

C'est vraiment un film déstabilisant, par sa radicalité, sa vitesse, ses constants déplacements, et surtout le débit de ses mots. Un film coup de poing, comme une urgence que rien ne doit arrêter. Un portrait énigmatique et sans concession d'une certaine jeunesse, voire d'une certaine féminité: et en douce, un regard angoissé sur une ville qui relie deux mondes, et qui ici isole plus qu'autre chose.

Une force de cinéma sorti de je ne sais où, mais qui promet décidément déjà beaucoup. Uppercut du mois.

 

La technique est assez proche dans Portrait au crépuscule de la russe Anguelina Nikonova: on débarque là encore dans la vie d'une jeune femme, ici plus âgée, et qui a suivi un autre parcours: elle est mariée, a un amant, a une trentaine d'années, est canon (oh waow...Olga Dykhovitchnaya, oh waow, en plus co-scénariste, oh waow...), est assistante sociale, vit bien - en apparence. Oui mais on est dans la Russie actuelle, et en filigranne le tableau social esquissé est terrifiant: barres de béton pourri partout, flics violeurs, vols à la tire, misère, et j'en passe: une vie correcte dans un univers glaçant. Et puis très vite cette vie bascule: des flics la violent...je ne peux raconter la suite, sinon le film perd tout intérêt, mais le trajet qui découlera de ça ne sera pas celui attendu, ni sur le plan personnel, ni sur le plan social, ni lorsqu'elle retrouvera par hasard le chef des policiers, un robocop terrifiant, et qu'elle décidera d'entrer dans sa vie, au milieu d'un grand-père fou et d'un jeune frère déglingué...j'avoue que lorsqu'on comprend, on est scotché, parce que la réalistarice a choisi un chemin périlleux, probablement en accord avec la déglingue montrée de la ville (Rostov, sa ville natale), mais à mille lieux d'un cinéma traditionnel. On sort donc bien tourneboulé de la séance, tant par la vie de cette femme que par l'entourage social dans laquelle elle s'inscrit. Ca rigole pas au cinéma avec ces deux filles, mais ça secoue: pas d'indifférence, heureusement.

 

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Un petit polar choisi au presque hasard: Dope, de Sara Gran, a le mérite de paraître dans la collection Sonatine qui, les lectures passant, s'avère toujours de haute qualité. Des critiques américains brâment sur la couverture, Bret Easton Ellis s'y met lui aussi, hum me voilà sceptique. Le récit se déroule dans les années 50, et une ancienne junkie qui enfin semble libérée est contactée par un père de famille aisé pour retrouver sa fille qui visiblement est elle aussi tombée dans la came. On nous prédit moult rebondissements et suspense, or pendant 70 pages c'est une recherche patiente et infructueuse dans les bas-fonds de New-York. Pas mal mais bon...et puis effectivement l'inattendu va se produire, et dès lors c'est un tout autre livre qui commence. Le suspense monte, les surprises s'additionnent, et au final on sort des 200 pages bien contents d'avoir découvert un bon petit polar bien mitonné...apparemment les studios américains sont déjà sur l'adaptation - gros film naze à venir...- mais comme lecture, c'est prenant, palpitant, c'est ce qu'on attend d'un bon polar.

 

Tiens, c'est pas une fille mais un auteur japonais de polar, je n'avais pas encore testé. La maison où je suis mort autrefois de Keigo Higashino est un polar déroutant et très plaisant. Ca commence comme du Murakami, un homme est appelé par son ex du lycée qu'il n'a pas revu depuis longtemps, ils se parlent beaucoup, et après la mort de son père elle a une clé qui pense-t-elle doit l'amener vers une maison secrète où son père semblait se rendre parfois. Elle n'a aucun souvenir d'enfance et veut comprendre le rôle que cette maison joue dans sa vie. De cette bizarrerie par une "enquête" essentiellement basée sur les dialogues: ils vont dans la fameuse maison, où chaque élément va devenir le signe d'un puzzle à multiples retournements de situation. Le livre est vif, prenant, voire très prenant, assurément original, m'a fait penser aux Hitchcock psychanalytiques, et réussit le tour de force de construire une intrigue sur un jour et demi dans lequel tant de vies vont se révéler. La poupée russe du mois, version japonaise...

 

Et bientôt en concert, la folkeuse éthiopienne Mirel Wagner, album court, dense, tendu comme un arc, sombre et donc parfait...

 

 

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