Chamboultou

Publié le par 2047.over-blog.com

En m'intéressant à plein de trucs différents, voilà que j'en arrive à tomber sur un gros point commun: bizarre...le soleil règne, le ptit gars s'en va dans des châteaux loin de moi (bouh !), bientôt Madrid pointe son nez ainsi que plusieurs concerts...

 

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Alors donc il y a des jours où tout bascule. On commence en Norvège avec le tellement attendu Oslo, 31 août de Joachim Trier. Tellement attendu que comme d'hab, je m'automutile la séance puisque je ne sais jamais regarder un nouveau film de quelqu'un qui m'a plus qu'emballé: j'y perds tous mes repères. Donc ce très beau mais très triste film nous emmène dans le sillage d'un jeune homme, un seul jour, celui où il sort de sa cure de désintoxication pour aller passer un entretien d'embauche. Fil ténu pour une histoire, mais dans un jour, la somme d'une vie. Retour au monde, errance dans Oslo (géniale scène d'ouverture en "je me souviens"), confrontation avec le passé (les anciens amis, que sommes-nous devenus), confrontation avec la famille (plutôt ses satellites), confrontation avec soi-même aux bords du monde (magnifique scène du café où le son devient expression des sentiments et des troubles), confrontation avec la nuit et les fêtes (on y revient, faut-il les quitter ?), confrontation avec un futur - enfin possible ? (la jeune fille - sublime scène à vélo avec exctincteur quasi-magique), puis au final confrontation avec seulement soi-même, uniquement...Errance ou recherche magnifique et bouleversante, portée par le même acteur que dans Nouvelle donne qui en fait n'est acteur que dans ces films, car docteur dans la vraie vie, mais aussi écrivain et musicien, le film, ardu et sobre, révèle si besoin était que Joachim Trier est un réel auteur, fascinant et bourré de promesses déjà tenues, qui inscrit à lui seul la Norvège sur la cartographie des lieux cinématographiques désormais incontournables. Je fus à Oslo il y a plusieurs années, y "revenir" ainsi fut la plus belle et terrible des propositions.

 

Un dessin animé tchèque ?? Poussez-vous que j'y cours, et avec Mathilde comme presque toujours ! Aloïs Nebel, de Tomas Lunak est une splendeur graphique totale, avec un procédé dont j'ai déjà oublié le nom, tourné avec des acteurs puis transformé en animation, comme dans A scanner darkly ou l'excellent Renaissance. Là, en plus, l'histoire est située autour de la Révolution de velours de 1989, autant dire la période qui me fascine le plus dans ces pays de l'est: la fin du communisme. Ici, c'est vu à travers ce personnage sombre, énigmatique et solitaire de chef d'une gare paumée au milieu de presque nulle part, fil conducteur d'un récit qui parfois utilise de fort brusques ellipses ou mystères, retours en arrière, et autres, mais récit qui devient presque secondaire par rapport à la beauté graphique du film, et à son thème principal: ces vies qui basculent, à cause de l'Histoire ou de leurs histoires. La République Tchèque s'inscrit elle aussi désormais sur la carte de l'animation, yeepee et longue vie.

 

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Deux heures à perdre en ville la semaine (enfin) finie ? Allez hop au ciné pour le dernier Benoit Jacquot, cinéaste (trop) prolifique que je suis de loin, jamais génial, jamais mauvais, et toujours avec des jolies actrices. Les adieux à la reine, c'est encore un basculement: les derniers jours à Versailles. Eh ben ça tient tout à fait la route, et c'est un ennemi des films-en-costume qui vous le dit. Caméra collée aux épaules de la lectrice de la reine, on erre non pas dans un lycée américain à la Elephant, mais dans ce château qui y ressemble fortement: le drame gronde. Relations troubles montrées avec subtilité, regard de cinéaste fasciné par ses actrices sur une jeune fille fascinée par une reine, une femme, ou peut-être simplement quelqu'un qui la regarde vraiment (on comprendra à la fin avec les ultimes mots), le film évite bien les pièges et se regarde avec un réel plasir. Bingo Jacquot.

 

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Et deux romans sur ces mêmes basculements. Retour vers Annemarie Schwarzenbach, qui en fait est suisse et non allemande comme je le croyais, pour un nouveau très beau "livre" ? Texte ? Poème en prose ? Je ne sais, mais La vallée heureuse utilise l'identité d'un homme que le voyage a porté au bout du monde, vers l'Afghanistan, et qui y relate toute son intériorité d'être humain troublé et dépassé, par le monde, lui-même et ses démons. Une vie qui a basculé et cherche ici probablement un nouvel équilibre, celle donc indirectement de cette femme écrivain subjugante, dont les mots et le style sont la découverte la plus éblouissante de mes derniers temps. Je suis loin d'en avoir fini avec la prose de cette dame morte si jeune qu'elle ne m'en fait que plus penser à un certain jeune poète de 19 ans...

 

  On file en Sardaigne pour Accabadora de Michele Murgia, une auteure italienne qui là aussi démarre sur un basculement: une enfant part avec une vieille dame sans trop comprendre pourquoi celle-ci sera désormais sa "mère". Petit village perdu en Sardaigne, des noms qui surgissent comme si on connaissait ces gens, un texte court et dense: je me sentais naviguer entre Garcia Marquez sans la magie, et Milena Agus: on se demande pourquoi on est là, mais on y est et c'est l'essentiel. Et puis la trame se tisse: cette vieille dame est aussi une "dernière mère", et à partir de cette découverte s'ouvre le gouffre du destin que seul refermera la fin du livre...il ne faut donc rien dire de plus, sinon que ce court roman s'impose par lui-même, et non par les références sûrement erronnées qui me sont venues à l'esprit. Très belle surprise..."Comme les êtres, les fautes n'existent qu'à l'instant où d'autres s'en aperçoivent"...

 

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On finit avec deux BD d'auteures féminines: chez les toujours excellents Actes Sud, c'est le grand retour (enfin, je crois) de Chantal Montellier, figure culte de la BD underground estampillée années 70...Avec L'inscription, cette dame réussit un joli petit exploit selon moi: transférer ses idées libertaires de l'époque à la nôtre, à travers un mélange de science-fiction et de réécriture d'Alice aux pays des merveilles: c'était casse-gueule, et ça fonctionne prfaitement. Dans un monde dystopique à peine déformé par rapport au nôtre, une jeune femme artiste doit justifier de son existence face à la société....l'invention graphique est constante, et toutes les idées fondamentales qui parfois peuvent paraître cliché (féminisme, liberté, rôle de l'artiste, société de consommation) sont ici parfaitement redynamisées, actualisées, incarnées en un mot. Une excellente BD politique, au sens noble et donc tellement rare du terme...

 

On finira sur de l'intime et du coréen, autant dire ce qui fut le must de ces dernières années et dont j'attends impatiemment un nouveau souffle, qui viendra, mais oui mais oui...Junk Love de Chaemin, jeune coréenne, est une BD qui fait très vite penser à Dame Kiriko Nananan, mais s'en démarque aussi très vite d'abord par l'ampleur du récit (la BD est bien grosse), puis par son habileté de construction. Un couple donc, deux jeunes coréens, qui eux-mêmes ne savent pas trop pourquoi ils sont ensemble: le garçon abandonne les études, la fille pose nue aux Beaux-Arts, et ils se croisent, se plaisent, s'abandonnent, se trompent, se mentent, se retrouvent, et ainsi de suite, mais dans une BD tout à fait subtile dans son processus de relecture: j'explique: on voit souvent la même scène deux fois, mais avec une approche différente, qui nous permet de comprendre différemment les motivations de chacun. Donc, sans qu'on s'en aperçoive au début, c'est tout un puzzle double-face qui se construit sous nos yeux, celui de l'éternelle et inlassable question de comment construire (ou pas) ses histoires d'amour. Corée, chaque fois que tu es là, je souris...

 

...tout comme quand j'écoute Little Axe, étrange et inattendu mélange de blues et de Dub...

 

 

 

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