L'un et l'autre strikes again

Publié le par 2047.over-blog.com

Avant un spécial BD particulièrement chargé, deux films et la suite de l'épuisement (mais qui régénère) de ma collection-chouchoute L'un et l'autre...

 

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Deux films totalement opposés ces derniers temps au ciné, pour donc un double-plaisir de nature différente: ô eux tous les plaisirs ?...

J'avais déjà été ébloui par le documentaire précédent de Christian Rouaud, Les LIP, l'imagination au pouvoir, qu'en plus vous pouvez voir intégralement et légalement sur viméo, donc foncez-y. Il reprend avec Tous au Larzac une thématique et une forme proches, pour une nouvelle exploration de deux motifs, la venue à la lutte politique de gens qui a priori n'étaient pas du tout faits pour cela, et surtout les luttes de longue haleine et couronnées de succès. Ici, on suit sans exposé préalable les récits de quelques anciens paysans du Larzac devenus héros grâce à eux d'un bras de fer de plusieurs années, et pour certains devenus depuis hérauts politiques d'une forme d'altermondialisme qui puise donc ses racines ici - ce que j'ignorais je l'avoue. En parallèle, des documents d'archives savoureux, tant dans les moyens utilisés (bon ben on va amener nos troupeaux de chèvres devant la gendarmerie, ah tiens on va à la préfécture en tracteur, ou à Paris à pieds et on campe sous la Tour-Eiffel) avec notamment les rassemblements sur le lieu, extraordinaire solidarité et bouillonement idéologique et festif. Des gens qui parlent, des images d'archives, et un monde surgit sous nos yeux, étrangement anachronique face à notre temps, parce que fonçant tête baissée vers la recherche des solutions, et mieux encore les trouvant. On est tourneboulés, d'abord d'admiration devant la transformation de ces "simples" "paysans" (ils se décrivent ainsi) devenus penseurs et acteurs politiques d'une rébellion, puis perdus quand on pense à l'état de notre monde et à la recherche de solutions collectives qui ne sont plus vraiment en construction aujourd'hui. En tout cas on sourit de complicité, on est effaré par les décisions politiques, on suit un véritable combat épique sans violence (merci Lanza Del Vasto au départ), on réfléchit, et surtout on dialogue et on s'unit: le film est comme un bréviaire, qu'on se demande comment on peut encore ne pas trouver de solutions désormais. On vibre, on tremble, on saute de joie, et on repart gonflé à bloc, avec cette impression trompeuse mais enivrante: vu ce qu'ils ont fait, rien n'est impossible. Magistral et revigorant.

 

On change radicalement de registre avec le fameux Take Shelter de l'américain Jeff Nichols, dont j'ai royalement raté à l'époque le premier opus. Ici, place à l'Amérique des prolos et des petites gens, une famille, mais pas de révolution à l'horizon: juste des nuages et des tempêtes dont on finit par se demander si leur existence ne tiendrait pas à la folie grandissante du père, qui, tellement terrifié par ses hallucinations, commence à construire un abri puis finit par voir s'effondrer tout son monde, avant peut-être le monde. Film au scalpel et aux acteurs impeccables, voilà (car ouf il y en a encore) un vrai cinéma américain indépendant, réaliste, et pourtant tournant autour d'une folie presque lynchéenne, celle qui s'insinue partout par des détails de plus en plus inquiétants. Plus l'histoire avance, plus l'étau se resserre, plus on étouffe à l'image des personnages, et la fin très ambigüe et ouverte ne terminera pas nos inquiétudes. Bien loin du Melancholia de Lars von Trier qui selon moi était particulièrement raté, il y a ici un vrai cinéaste déjà en pleine possession de ses moyens, dont il faudra suivre, inlassablement, la piste.

 

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Mon article précédent célébrait à nouveau JB Pontalis, et sa collection L'un et L'autre dont je ne me lasse pas est encore ici à l'honneur. Je vais faire vite car j'ai peu de temps, mais la succession de plaisirs qui vient de m'être offerte par mes dernières lectures semble entraîner cette collection du côté si rare de l'inifiniment merveilleux. Petite revue des troupes.

Côté lettré, Henri Raczynow avec Le cygne de Proust m'a épostouflé en s'intéressant aux coulisses bien réelles d'un personnage central de La recherche, le nommé Swann, et surtout en cherchant avec une intelligence sans faille et une érudition sans fin, à ressuciter le "modèle", ce Haas qui lui a bien existé. Résurrection de toute une époque et de toute une création littéraire, cette "biographie" érudite entre enquête policière et creusement sans fin du mystère de la création n'atteint qu'un objectif: le bonheur.

Les années jazz en Amérique maintenant, avec le 3h du matin, Fitzgerald de Roger Grenier qui choisit la méthode du kaléidoscope pour ressuciter ces années d'entre-deux-guerres, cet écrivain si attachant, sa Zelda si folle et mystérieuse, le monde littéraire de l'époque, et quelques figures notoires (Hemingway, Dos Passos...). On lit ça d'une traite, et c'est encore une fois un voyage fascinant dans une vie et dans une époque.

 

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Christian Garcin, lui, avec Vidas ressucite un genre littéraire du moyen-âge, le récit de vie bref: il évoque ainsi en quelques pages l'existence, des bouts d'existence, de noms connus ou bien moins, unis soit par le recueillement, la fuite, le défi, l'échec, et j'en passe. Le livre est petit, mais le plaisir à nouveau ne sait se tarir. Vraiment, absolument, magnifique. Et il remet ça avec J'ai grandi, tentative autobiographique de recherche des lieux et étapes de son enfance, avec encore pudeur, émotion et poésie. Magistral, rebelote.

Avec Bonjour Monsieur Courbet, Jean-PierreFerrini navigue entre ses lieux d'enfance liés à Courbet, l'aventure de ses peintures, et la vie du peintre. Cette topographie biographique au risque de me répéter, me fascine.

 

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Et s'il faut vraiment prouver que cette collection est incroyable, figurez-vous que même la vie d'un sportif - c'est-à-dire pour moi un réel alien - devient passionnante, même si malheureusement dans Plonger Bernard Chambaz évoque la vie bien triste d'un gardien de but allemand dépressif, ayant perdu son enfant, et qui finira par se suicider...Je ne connaissais évidemment pas le monsieur mais l'affaire est récente, renseignements pris, et cette évocation passionante achève mon éloge sans fin de cette collection dont chaque ouvrage me semble être un cadeau parfait à offrir à différentes personnes. Longue, très longue vie à L'un et l'autre...

 

Bientôt encore un grand concert en perspective, DJ Krush eh ouais rien moins, l'occasion de rappeler que l'un des plus grands groupes de hip hop est japonais, et se nomme Tha Blue Herb...

 

 

 

 

 

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