"La délicate affaire d'être le survivant"

Publié le par 2047.over-blog.com

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Un magnifique roman autour du deuil, du retour sur les lieux du passé, entremêlé d'enfance et de ses découvertes. Père, mari, veuf, ancien enfant, toute une vie sous l'oeil de la recherche et de la beauté fatiguée. Le livre du début d'été, incontestablement.

 

"Le bonheur était différent dans l'enfance. A l'époque, c'était surtout une simple affaire d'accumulation, d'engrangement des choses - nouvelles expériences, nouvelles émotions - qu'on posait, tels des carreaux vernissés, sur ce qui deviendrait un jour le pavillon merveilleusement achevé du moi. Et l'incrédulité, je veux dire l'inaptitude euphorique à croire pleinement en sa chance, participait pour beaucoup, elle aussi, au bonheur. Je m'étais donc retrouvé avec une fille dans les bras, métaphoriquement parlant du moins, en train d'accomplir des gestes d'adultes, de lui tenir la main, de l'embrasser dans le noir et, quand le film s'était terminé, je m'étais écarté en m'éclaircissant la gorge avec une politesse appuyée afin de lui permettre de franchir le lourdd rideau et la porte et de déboucher dans la lumière lavée de pluie de cette soirée d'été. J'étais moi-même et en même temps un autre, un autre tout à fait dissemblable, tout à fait nouveau. En fendant la foule pour suivre Chloé jusqu'au Strand Café, je tâtais mes lèvres du bout des doigts, ces lèvres qui l'avaient embrassée, m'attendant à moitié à les trouver changées d'une façon infiniment subtile mais radicale. Je m'attendais à ce que tout ait changé, à l'image de la journée, sombre, humide et tendue de nuages pansus à notre entrée au cinéma en plein après-midi et vibrante de lumières fauves et d'ombres distendues, maintenant que le soir était venu, que les prêles ruisselaient de gemmes et qu'un voilier rouge dans la baie tournait sa proue vers l'horizon d'un bleu déjà crépusculaire au loin.

La café. Dans le café. Dans le café, nous."

 

Musique maestro.

 

 

 


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