"La grève des journées normales"

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Un morceau de Janacek entendu dans un taxi, un embouteillage, une jeune femme élégante qui prend un raccourci sur la voie express: il n'en faut pas plus pour que démarre l'odyssée de plus de 1500 pages que nous offre (au sens fort du terme) Haruki Murakami avec 1Q84, dont les deux premiers tomes ont été engloutis goulûment (faut pas me demander si je bossais à côté, pas possible face à ça !).

 

Depuis quelques années la question Murakami était devenue problématique: après Kafka sur le rivage, l'intégralité de ses livres lus et le discret mais sauvage Passage de la nuit, ce fut l'éclipse. La possibilité d'avoir épuisé un "filon" inventé magistralement de toutes pièces ? Des recueils de nouvelles qui flairaient bon l'arnaque des fonds de tiroirs. Un livre nul sur la course à pied. C'est à Bruxelles il y a un an que je découvrais 1Q84 en version néerlandaise, et c'est avec bien des a priori que j'ai entamé la lecture du tome 1 il y a peu, pour finir hier soir en extase la page 1075 des deux premiers tomes ! Et dire qu'il va falloir attendre 2012 pour avoir la fin ! help !

 

J'en dirai peu sur l'histoire, car plus de mystères rend plus heureux(se). Mais je salue le retour au plus haut (d'ailleurs, est-il déjà allé si haut ?) de Murakami qui déploie ici le meilleur de toute son oeuvre pour la refondre dans du plus long et plus grand. Le tome 1 est en cela subjuguant: on y suit le quotidien de deux personnages, un jeune homme, une jeune femme, sans que rien ne les unisse. Deux parallèles qui ne peuvent le rester, mais que l'on suit dans leur étrangeté typique du japonais génial. Et puis, après de très nombreuses pages, une petite phrase perdue commence à tisser un lien très discret. Finalement rien ne se passe de particulier, lorsqu'à nouveau une courte phrase vient déséquilibrer la vie de ces personnages. Autant dire: Murakami ici a construit une "intrigue", une histoire plutôt, basée sur le flottement et la répétition (en cela le livre est né je trouve du rythme languissant et très mystérieux du Passage de la nuit), et il joue à électriser l'intégralité de cette langueur à coup d'une phrase à chaque fois, retrouvant et amplifiant ce qu'il sait le mieux faire: l'art de la surprise magique.  Même si ici la magie se fait souvent noire et ténébreuse, peu à peu dans ce présent languissant se dévoilent un ou des passés, des fils si ténus qu'on craint de les voir se casser avant même que les personnages aient compris ce qui pourrait leur arriver.

Ces personnages, je n'en dirai presque rien, sinon qu'il est stupéfiant d'être à ce point captivé sur plus de 1000 pages (j'avoue, je n'ai vu aucune longueur, j'en voulais le triple si possible !) alors qu'il y a très peu de personnages: de plus, chacun ne saurait se réduire à ce qu'il semble être, tant nous les découvrons par strates de mystères dévoilés: une tueuse, un écrivain, une ado dyslexique, une vieille dame puissante, un gourou, un éditeur, une policière, et quelques autres. Si peu suffisent à remettre en question le monde, non pas d'un point de vue social mais bien dans l'idée de sa représentation: c'est là que Murakami bouleverse: car nous revoilà face aux questions du destin, du choix, des amours infinis (attention, chez lui ce mot est à prendre au pied de la lettre), des odyssées à hauteur de nos vies, de l'aventure comme seule façon d'être.

Il est inimaginable de voir à quel point son livre semble être une carte, un territoire (comme dirait l'autre idiot !) que l'on déplie sans cesse, ciel et univers inclus, mélangeant le passé et le présent, et ce déploiement n'en finit jamais. Je ne sais, après 1000 pages, absolument pas où il va m'amener, et c'est la plus heureuse des nouvelles: j'ai retrouvé Murakami réinventé, et il était plus que temps car je l'ai cru devenir un vieux souvenir.

Décidément, j'aime les découvertes et les retours inespérés. Avec 1Q84, les deux mots opposés fusionnent: mon plus  grand souvenir de lecture de l'année avant même que j'aie fini le livre. Voilà donc un futur obligatoirement radieux offert: que demander de plus ? Qu'espérer d'autre ?

 

Il y a quelques années sur les conseils de la chanteuse d'Electrelane je découvrais un petit français qui chantait en anglais: François, sur un 4 titres pop séduisant. Longtemps après, François and the atlas mountains continue de me ravir à chaque disque: un chanteur français  qui s'offre quelques morceaux in french sur le label Domino, mais ses titres anglais reste savamment pop et élégant: la première chanson est la préférée d'Arthur en ce moment, on la chante à tue-tête dès qu'on peut...la second est ma chouchoute...

 

 

 

 

 

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