Permanence de l'éphémère

Publié le par 2047.over-blog.com

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Il en est de certains disques comme de rencontres: parfois la durée les rend nécessaires et transformées en heureuses habitudes, parfois une seule fois suffira à combler pour longtemps.

Flotation toy warning n'aura donc sorti qu'un album il y a plus de 6 ans je crois, et depuis plus rien, sinon le souvenir. Un disque à part, tellement beau qu'il fait partie de mes rares trésors cachés, un de ces disques qu'on est toujours surpris de connaître (ou de ne jamais définitivement connaître), un de ces disques qui nous renvoie à une solitude de happy few: une jouissance.

Vus il y a plusieurs années en concerts, moment inoubliable pourtant perdu dans les centaines de concerts vus depuis - parce qu'un concert est un éphémère dont je n'arrive jamais vraiment à me souvenir - qu'importe, je l'ai vécu.

L'annonce d'une mini-tournée m'a surpris. Je n'ai pas écouté le disque depuis longtemps, je ne compte surement pas le réécouter avant - finalement donc je m'y rends car le label Talitres doit être visité à chaque occasion pour son travail inlassable de découvreur de beautés. Prix modique, un lundi soir, tout est idéal pour un étrange moment...

...qui commence bien mal, une salle quasi vide (une dizaine de personnes) et des sièges au milieu. Ambiance sinistre, les jeunots de Maison Neuve pour une première partie peu convaincante, et soudain un doute: et si tout ça sentait finalement le rance d'un retour qui ne rime à rien - à quoi bon "revenir" quand on n'a fait qu'un album, serait-ce pire encore que ces reformations de vieilles légendes qu'il fautdrait avoir vu ?

Bonne angoisse donc quand le groupe arrive, ainsi que un peu plus de spectateurs,  hyper classieux en costumes noirs, l'un après l'autre jusqu'au chanteur, un poupon barbu tout sourire et visiblement ému et content, tous les sept, d'être là, ensemble, sur scène.

Premières notes, immédiat flux de souvenirs, oh oui celle-là elle est belle, et immédiatement l'alchimie, prend, reprend, renaît: chaque morceau est resté le bijou incandescent qu'il fut à sa naissance, chaque moment est flottant, puis aérien, puis céleste: oui, bien sur, ce disque est unique, ces morceaux, probablement parce qu'ils n'ont jamais été suivis d'autres, demeurent, vivent, fluctuent, changent, mais gardent intacte la force rageuse de beauté à nulle autre pareille. C'est heureusement bien mieux que des souvenirs remis au goût du jour ou ramenés d'avant: c'est une permanence, un état inaltérable: le jaillissement constamment sidérant de chansons constamment renaissantes. Ni passé, ni présent, no future bien sur: juste un autre degré, un autre lieu, d'autres temps, une rencontre jamais figée, une curiosité jamais rassasiée. J'en frissonne encore et je compte bien l'oublier: la prochaine fois, ainsi, ce sera encore mieux: la même situation, réinventée. Alors je souris...

 

 

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