Saint-Honoré

Publié le par 2047.over-blog.com

 

Il aura fallu attendre mon âge et Mathilde le sien pour vivre une première: hier matin 11h on a couru voir Les bien-aimés, et le soir même à 21h on s'est aperçu qu'on ne pouvait rien faire d'autre que d'y retourner aussitôt, déjà ! Impératif catégorique !

 

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On peut s'amuser à suivre le parcours d'Honoré dans ma vie de spectateur à travers quelques vieux articles de mon vieux blog (http://inthemoodfor.zeblog.com), rien sur les premiers films puisqu'ils m'étaient étrangers ou anecdotiques, une révélation avec Dans Paris grâce à la révélation de Zucco, une hystérie très longue et très partagée sur Les chansons d'amour, et ensuite la fidélité épanouie: chocs constants de La belle personne, de Non ma fille tu n'iras pas danser, dans une moindre mesure de Homme au bain ! L'annonce d'un retour de sa troupe d'acteurs accompagnés entre autres de Deneuve, Milos Forman et Michel Delpech (!!) pour une comédie en musique d'Alex Beaupain me laissait circonspect: ça ressemblait quand même à une redite, un peu...

Bilan: un film parfait, somme de tout ce qu'il a fait jusqu'ici et dépassement constant, presque écrasant, de tout ce qui avait été dit jusque là. Une oeuvre si dense, si inépuisable, si fascinante, tellement pleine de questionnements, d'angoisses et de rires, de beauté et de noirceur, un moment de 2h15 si fort et si chargé de vies que même en l'ayant vu deux fois quasiment consécutivement je suis loin d'en comprendre l'essence, regardant ça, ce film-, comme un marin observe à la lunette une terre non promise mais apparaissant sur son chemin, remettant en question tous les trajets déjà parcourus. Un film tellement à part et au delà qu'il en décourage presque l'idée d'aller regarder d'autres films, tant il va falloir apprendre à revenir sur terre. Le paradis en quelque sorte. Un amour trop fort. Une limite ?

Incapable ici d'analyser l'histoire ou les idées infinies du film, je me contenterai d'égrener quelques flashs disparates qui font que j'ai aimé. Une liste, un torrent, des souvenirs qui ont déjà la force et la profondeur des expériences des passés lointains. Les étranges impressions que tout ceci était déjà loin avant, qu'après ce film un gouffre s'est creusé. Aussi effrayant qu'exaltant.

Alors je dirai paradoxalement mon incompréhension la première fois de la première demi-heure, ces doutes constants devant une légèreté qui m'échappait totalement; la chanson récurrente d'Anika; la capacité inouïe de Louis Garrel à rendre comiques la moindre de ses répliques et mimiques; avoir les larmes aux yeux devant un personnage joué par Deneuve (une absolue première pour moi); les constantes surprises des situations et des dialogues; les jeux de miroir progressifs entre les années 2000 et celles du début les années 60, me faisant comprendre peu à peu le rôle de ces trente premières minutes qui sont comme une cocotte minute qui éclatera peu à peu; les personnages si fous de Milos Forman et Michel Delpech; les chansons de Beaupain à nouveau impeccables; la beauté hallucinante de Chiara Mastroianni, jamais vue filmée ainsi; sa première scène où elle danse dans un concert, à couper le souffle; les moments de rires et d'émotions; les stupeurs; certaines scènes précises qu'il ne faut pas raconter; l'incongruïté toujours présentée comme normale, cette façon si douce de nous faire croire que la vie est incroyable de manière très abordable, très simple; et pour finir, alors que jo'ublie 101% de tous les plaisirs que j'ai eus,  on dira cette impression tenace que l'on se sent à prêt à ne plus avoir peur de rechercher toutes les façons d'aimer, de tout rééxplorer, réinventer.

 

Ce film est épuisant: une galerie des glaces, tous âges, tous sexes, toutes combinatoires y sont, aucune solution n'y est donnée: chaque reflet nous approche et nous fuit, insaisissable, qu'il concerne notre passé ou notre futur: on regarde, on suit, et quand c'est fini enfin ça commence: on part à notre recherche, à celle de nos amours, et l'horizon est trop loin pour être entr'aperçu. Il va falloir s'y rendre et ça prendra une vie, la nôtre. Eh bien merci Christophe Honoré, car c'est tant mieux. Temps mieux, maintenant.

 

 

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