Le sage et nous

Publié le par 2047.over-blog.com

De nombreuses lectures qu'il va falloir présenter rapidement, pour un début d'année bien fatigant mais ceci dit bien rempli...

 

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Retrouvailles grâce à un cadeau de mon amour avec l'un de mes écrivains les plus chéris (le plus bien aimé ?), pour son dernier livre dont j'ignorais l'existence: JB Pontalis le psychanalyste et son En marge des jours. A chaque fois je me dis que ses livres précédents étaient tellement éblouissants d'intelligence, de clarté et de sagesse qu'il n'a plus grand chose à apprendre ensuite, et miracle à chaque fois c'est reparti, avec la même technique, de courts textes entre l'essai, le récit, l'autobiographie succinte et l'admiration envers les autres et leurs apports. Ici l'oeuvre est courte, resserrée, mais le plaisir est toujours décuplé: pourtant on sent qu'autour de lui, et devant lui, rôde patiemment la mort, mais comme à chaque fois son regard si sage, si doux, puise et épuise toutes les joies simples de la vie: la coexistence, l'attention, les lectures, la curiosité, les souvenirs, les leçons au sens noble du terme, les interrogations, et ici en plus sa petite-fille, ultime lien qui sera sans doute trop peu partagé entre un vieil homme de plus de 85 ans, et une pitchoune que l'on voit peu mais que l'on devine éclairante et éblouissante pour lui. Cet énième bréviaire de la sagesse se lit en une heure, mais ce sont les heures d'après, lorsqu'on y repense, lorsqu'on tente d'y puiser nos propres enseignements, qui s'avèrent les plus fécondes: cet homme reste l'écrivain le plus lumineux et éclairant que je connaisse: un maître.

 

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Retrouvailles aussi, avec bonds de joie, avec mon écrivain croate préféré dont j'avais parlé dans mon ancien blog, le très inventif et toujours imprévisible Velibor Colic. Après sa "biographie" d'un jazzman et celle de Modigliani, il s'intéresse à ses années de jeunesse dans ce qu'il nomme un "roman-inventaire", intitulé Jésus et Tito, et on retourne donc dans la Yougoslavie communiste finissante, avec toute sa grisaille (il en parle beaucoup) mais aussi avec la fougue de la jeunesse ici retrouvée par un ton enjoué et moqueur absolument savoureux. Le livre est découpé en grands thèmes (les filles, l'école, Tito...) eux-mêmes déclinés en courts paragraphes. On a donc une mosaïque qui se lit toute seule, qui est ignorante de la nostalgie et du dégoût, même si le regard critique sur ce monde politique là est présent, mais mis en perspective dès la première page qui déplore le passage, ensuite, au capitalisme sauvage. Bref, un vrai petit bijou de souvenirs, de cocasserie, de rappels d'un temps évanoui, et pour moi qui suis si marqué par nos voyages dans les pays de l'est, quelques serrements de coeur que m'évoque leur seule évocation. Un écrivain à toujours suivre.

 

J'ai été scotché par L'enfant-zigzag, je replonge donc avec beaucoup d'attente dans un livre de l'israëlien David Grossman, son dernier, l'énoooorme Une femme fuyant l'annonce. Ouch, qu'en dire vu la densité de l'ouvrage ? Déjà qu'écrire plus de 600 pages sur un thème aussi ténu (une femme et son "amant" occasionnel qui partent marcher pour parler) ça impressionne. Ensuite que les innombrables thèmes s'entremêlent parfaitement pour arriver, une fois de plus avec lui, à peindre la vie dans tout ce qu'elle a de circonvolutions. Autant L'enfant-zigzag nous projetait constamment en avant, autant ici c'est inversé, deux êtres de 60 ans environ tentent de découvrir et comprendre leur passé, entre histoire d'amour à trois mais jamais ensemble, amitié, enfants partagés ou ignorés, et surtout interrogations sur tous ces liens qui nous unissent, jusqu'à la dimension du pays qui arrache ici à une femme son fils (et pendant ce temps mourait le fils de l'auteur...). C'est donc un roman-somme, captivant et d'une richesse difficilement épuisable, par celui qui est en train de devenir une des découvertes majeures de mon année.

 

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Un ptit polar avec un serial killer pour se changer les idées (?!). Et le problème avec ce genre de livres c'est que je ne sais jamais s'ils sont bien ou pas: je les lis pour me divertir alors je ne leur demande pas grand chose. Et ici ben je l'ai lu très vite parce que c'est très prenant, mais je suis incapable de dire si qualités ou défauts il y a. C'est donc Shadowman, de Cody Mc Fadyen, ou le récit d'une enquêteuse qui a perdu mari et enfant à cause d'un serial killer qu'elle a tué, mais qui lorsqu'elle reprend le travail voit ses proches (enfin, ceux qui restent..;amis, collègues) tous menacés, voire tués. Bon, ça fait un peu beaucoup, mais comme souvent avec ce type de livre ben je me suis laissé prendre, on cherche qui peut être ce mystérieux assassin menaçant. Ca se lit tout seul, c'est prenant, on n'arrive pas à la cheville de Au-delà du mal ou de Seul le silence, mais si vous aimez les serial killer, vous pouvez y aller !

 

Maintenant qu'on s'est diverti, on se prend en pleine figure L'hydre de Lerne de Cécile Wajsbrot, ou le récit bien détaillé de la maladie d'Alzheimer de son père... c'est sec et tranchant, ça fait peur ou ça rappelle des souvenirs, pfiou on sait pas trop quoi en dire sinon que ça remue...à rapprocher de la BD que j'ai tant aimé, Vers la sortie, dans un registre fort différent.

 

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Faut finir en beauté ou en poésie disons, avec La belle amour humaine de Lyonel Trouillot, un romancier haïtien autour duquel je tourne depuis un moment sans y aller, eh ben ça y est. Un livre en forme de double-dialogue, débordant de lyrisme, d'événements, de confessions, et de questionnements, qui se lit très vite et n'oublie jamais que la flamboyance fait s'effacer tous les désespoirs possibles. Une jeune fille arrive à Haïti pour comprendre la mort de son père, et le taxi qui l'emmène sur les lieux lui parle encore et encore, avant qu'elle même ne se mette vers la fin du livre à parler. Deux voix, mille chemins, pour un vrai beau texte plein de ferveurs et d'éclats.

 

Et bientôt je vois Matt Elliott en concert, et ça je l'aurai jamais cru !! son nouvel album est plus triste que le plus triste des hivers, donc sublimement beau j'en frémis d'avance, on va se jouer un titre plus ancien, non moins beau, mais légèrement moins triste (peut-être ?!).

 

 

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Laeti 17/01/2012 18:05

Très belle musique (je ne connais pas du tout) et chronique sympa de tes lectures récentes. Tout me donne envie !
Je manque tellement de temps, je lis péniblement un livre par quinzaine en ce moment...
Si tu aimes les biographies, je lis par bouts le travail colossal d'Alain Decaux sur Victor Hugo. Passionnant.